Compétences sociales et syndrome de Williams

Auteurs: A. Lacroix  et N. Marec-Breton - Université Rennes 2  - Présenté lors du colloque du 26.11.2012 à Bruxelles

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Résumé:

Pourquoi étudier les compétences sociales?

L’une des caractéristiques qui décrit souvent les personnes porteuses du SW est leur hypersociabilité. Ainsi, nous pouvons nous interroger sur les raisons pour lesquelles nous nous intéressons au syndrome de Williams en nous focalisant sur leurs compétences sociales. Cet intérêt se justifie d’une part parce qu’être hypersociable n’induit pas nécessairement que le comportement soit adapté et d‘autre part parce que les SW ont un niveau de langage qui est bon sur le plan structural (pour simplifier : sur le plan grammatical). Cependant, le langage a une portée sociale non négligeable dans la mesure où il a valeur de communication et de transmission d’intentions. Ainsi, l’objectif de notre travail est d’étudier les compétences sociales et communicatives des SW afin de déterminer s’il existe des troubles subtils de la communication qui pourraient conduire à des difficultés d’adaptation sociale.

Introduction

Le syndrome de Williams (SW) se distingue des autres populations (typiques ou atypiques) par son profil neuropsychologique unique caractérisé par une apparente dissociation entre la cognition et le langage. Ce syndrome se caractérise par un langage qui semble relativement bien préservé alors que les autres capacités cognitives (notamment les aspects visuo-spatiaux, de planification, de résolution de problèmes et les capacités numériques) sont altérées (Bertrand, Mervis, & Eisenberg, 1997; Karmiloff-Smith et al., 2004; Klein & Mervis, 1999; Pezzini, Vicari, Volterra, Milani, & Ossella, 1999). Cependant, les recherches ont largement souligné le caractère non homogène de leurs capacités dans plusieurs de ces domaines. Plus précisément, certains aspects du langage sont préservés alors que d’autres ne le sont pas. Par ailleurs, leur comportement social est souvent décrit comme s’apparentant à une attitude évoquant un « cocktail party speech ». En effet, les personnes porteuses du SW sont très amicales, ont tendance à parler beaucoup, et semblent intéressées par autrui. Cependant, leur compréhension des échanges semble superficielle. Ainsi, le comportement social des SW ne se caractérise pas par un profond engagement social envers autrui, et leurs relations sociales sont superficielles (Gagliardi et al., 2003; Johnson & Carey, 1998; Laws & Bishop, 2003). Notre intérêt porte tout particulièrement sur les aspects pragmatiques du langage des personnes présentant un SW en nous centrant sur les compétences communicatives, narratives et conversationnelles. Dans cette perspective, nous allons présenter trois études s’intéressant aux compétences sociales des enfants et adolescents porteurs du syndrome de Williams.


Capacités pragmatiques des personnes SW

L’objectif de notre première étude (Lacroix et al., 2007) est de déterminer les capacités pragmatiques des SW dans deux tâches (une tâche de narration et une tâche d’interaction) et de montrer que les compétences langagières des enfants porteurs du SW varient en fonction de la situation de communication. Les résultats mettent en évidence que les capacités pragmatiques des SW sont hétérogènes. La situation d’interaction met en évidence un point fort (la production d’énoncés expressifs) et trois points faibles (la quantité de parole et l’alternance des tours de parole et la réalisation des demandes) chez les enfants et adolescents porteurs du SW. Ceci indique une difficulté des enfants et adolescents porteurs du SW à respecter les règles inhérentes au bon fonctionnement d’une interaction. La situation de narration, quant à elle, met en évidence deux points relativement forts (le schéma de l’histoire et le maintien du thème) et un comportement «excessif» (les évaluations sociales) chez les enfants et adolescents porteurs du SW. Donc, les capacités pragmatiques des enfants et adolescents porteurs du SW sont singulières reposant sur des points forts et des points faibles, comme c’est le cas pour les aspects structuraux du langage et la sociabilité. Ces résultats soulignent le caractère hétérogène des capacités pragmatiques des enfants et adolescents SW.

Prosodie (1) émotionnelle

Afin d’approfondir ces capacités, nous nous sommes intéressées à la prosodie émotionnelle. Des observations cliniques (Reilly & al., 1990 ; Reilly, 1992) relatives au caractère expressif et chantant de l’intonation des personnes porteuses du SW ont été rapportées, mais l’intonation (sur son versant production) des personnes porteuses du SW n’a jamais été analysée de façon expérimentale. L’objectif de notre deuxième étude (Lacroix et al., 2010) est de mieux caractériser leur usage de la prosodie, dans une situation de narration, et ce dans deux langues (français et anglais). Nos résultats mettent en évidence que les enfants SW présentent une particularité prosodique : un usage important d’une variation de la F0 dans leurs productions. Néanmoins, cette particularité semble davantage marquée auprès des enfants SW de langue maternelle française. En effet, des enfants présentant un même syndrome d’origine génétique mais de langue maternelle différente ne se caractérisent pas de la même manière quant à leur usage de la prosodie. Ainsi, le rôle de la culture ne doit pas être négligé dans l’évaluation des capacités langagières des enfants SW. Ces résultats indiquent que des comparaisons inter-culturelles sont particulièrement importantes pour apporter une réflexion plus spécifique relative au langage et à son développement mettant en interaction des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux (culture).Prosodie (1): partie de la phonétique qui étudie l'intonation, l'accentuation, les tons, le rythme, les pauses, la durée des phonèmes.

Capacité de compréhension du langage non littéral

Les troubles observés dans le syndrome de Williams semblent se caractériser principalement par un déficit de la compréhension de l’intention d’autrui. Pour questionner ce déficit potentiel, nous nous sommes intéressées au langage non littéral. L’objectif de cette troisième étude (Lacroix et al., 2010) est de déterminer les capacités de compréhension du langage non littéral des enfants et adolescents porteurs du SW. Pour cela, nous allons nous focaliser sur les expressions idiomatiques. Il s’agit d’une forme de langage non littéral reposant sur une convention linguistique. Par exemple, l’expression « changer de disque » signifie « parler d’autre chose ». Nos résultats montrent que les enfants et adolescents porteurs du syndrome de Williams ont des difficultés à interpréter les expressions idiomatiques mais les performances peuvent s’améliorer avec l’âge. Par ailleurs, la connaissance de la convention linguistique augmente avec l’âge. Cependant, il apparaît que seul l’âge ne suffit pas à expliquer nos résultats. En effet, nos résultats indiquent des déficits dans la population syndrome de Williams soulignant des relations complexes entre le langage et la cognition. L’ensemble de ces travaux soulignent le caractère hétérogène des compétences sociales des enfants et adolescents porteurs du SW. Ils indiquent également la nécessité d’approfondir notre connaissance sur ces questions afin de mieux connaître les compétences réelles des enfants dans le domaine des interactions sociales.

Références

Bertrand, J., Mervis, C.B., & Eisenberg, J.D. (1997). Drawings by children with Williams syndrome: A developmental perspective. Developmental Neuropsychology, 13(1),41-67. Gagliardi, C., Frigerio, E., Burt, D. M., Cazzaniga, I., Perrett, D. I., & Borgatti, R. (2003). Facial expression recognition in Williams syndrome. Neuropsychologia, 41, 733–738.
Johnson, S., & Carey, S. (1998). Knowledge enrichment and conceptual change in folk biology: Evidence from Williams syndrome. Cognitive Psychology, 37, 156–184. Karmiloff-Smith, A., Thomas, M., Annaz, D., Humphreys, K., Ewing, S., Brace, N., et al. (2004). Exploring the Williams syndrome face-processing debate: The importance of building developmental trajectories. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 45,1258–1274. Klein, B. P., & Mervis, C. B. (1999). Contrasting patterns of cognitive abilities of 9- and 10-years old with Williams syndrome or Down syndrome. Developmental Neuropsychology, 16(2), 177–196. Lacroix, A., Bernicot, J., & Reilly, J. (2007). Narration and collaborative conversation in French-speaking children with Williams syndrome. Journal of Neurolinguistics, 20(6), 445–461. Lacroix, A., Stojanovik, V., Dardier, V. & Laval, V. (2010). Prosodie et syndrome de Williams : une étude inter-langue. Enfance, 3, pp. 287-300.
Lacroix, A., Aguert, M., Dardier, V., Stojanovik, V. & Laval, V. (2010). Idiomcomprehension in French-speaking children and adolescents with Williams’syndrome. Research in Developmental Disabilities, 31(2), 608-616
Laws, G., & Bishop, D. V. M. (2003). A comparison of language abilities in adolescents with Williams syndrome and children with specific language impairment. Journal of Speech, Language and Hearing Research, 46, 1324–1339. Pezzini, G., Vicari, S., Volterra, V., Milani, L., & Ossella, M. T. (1999). Children with Williams syndrome: Is there a single neuropsychological profile? Developmental Neuropsychology, 15, 141–155. Reilly, J. S. (1992). How to tell a good story : The intersection of language and affect in children’s narratives. Journal of Narrative and Life History, 2(4), 355-377. Reilly, J., Klima, E.S., & Bellugi, U. (1990). Once more with feeling : affect and language in atypical populations. In D. Cicchetti (Ed.), Development and Psychopathology. Cambridge, MA : Cambridge University Press.

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